< Episode 1 >

< Episode 1 >
On va l'appeler « Sid ».

Alors qu'a t'il du arriver pour que Sid et Capsule se retrouvent seuls, dans cet état, dans la rue par un froid... à attendre devant ce bar, ne semblant rien n'avoir à faire que de rendre service à deux jeunes filles désespérées, puisqu'il nous a quittées en changeant de direction ?

Résumons la vie de Sid, enfin cet extrait de sa vie où l'espace de cinq minutes nous avons joué un rôle ...déterminant ?

Sid est beau, oui, on peut le dire, il est dehors depuis quand ?
Il ne fait pas chaud, il semble figé par ce froid dont il se fout, il attend. Quoi ? Il regarde Capsule avec autorité, ce chien zébré de roux, un staff, comme il dit, et le tient fermement du bout d'une épaisse corde rouge. Capsule a le museau engoncé dans une sorte de muselière un peu arrachée, il est « un peu méchant » comme dit Sid.

Sid nous fixe. Nous arrivons au loin, quoi, vingt mètres, du bout de la rue à la boutique, cette boutique qui croit et fait croire qu'elle détient le bonheur artificiel dans un flacon.

Inévitablement, malgré les visages de ces gens sans intérêt aucun, non, il est trop tard.
Sid nous observe de ses yeux grisés. Alors, sous l'aile de ces doux vertiges, on parvient à le lui demander. Ce service.

Sid me regarde et acquiesce lentement, la tête enfouie sous la capuche de son blouson militaire, sous une casquette cloutée. Juliette lui tend l'argent, il recompte. Il me donne Capsule, et entre.
Capsule est gentil, il se frotte contre ma jambe, en se demandant où son maître a bien pu disparaître...
Le chien n'a pas l'air méchant. Pas méchant, non.

Sid est ressortit. Il commence à parler, je lui tends la corde, avec Capsule au bout. On marche un peu, mais on n'apprend rien.
Il ne parle pas de lui, juste de drogue. Il nous demande pourquoi on est là, pourquoi on n'a pas cours. Il sourit.
Ca lui va bien de sourire.

Tout semble flou et lointain. Sid nous remercie, alors que c'est nous qui lui devons. Il sourie à nouveau, avant de disparaître dans la nuée de tous ces visages incertains, qui passent comme la poussière sur un meuble, comme le temps.
Un jour, eux aussi seront balayés.

Je ne sais pas pourquoi nous l'avons laissé partir, je ne sais pas non plus pourquoi nous n'aurions peut-être pas du...
Peut-être il sera emporté, lui aussi, ou alors peut-être il reviendra.
Mercredi, oui, peut-être il sera là.

Ce sont ces moments là, peut-être un instant, quelques secondes : votre vie ne s'en trouvera jamais que plus changée. A présent il nous faut prendre conscience qu'à la moindre seconde de notre vaine existence, le destin joue pour nous.

Notre vie est écrite, il est improbable que nous puissions la lire ; nous sommes juste des pions, guidés par l'espoir, l'espoir de quoi ?

On ne sait pas, il nous tient debout et nous le suivons aveuglément.

C'est pourquoi je retournerai dans la rue à la boutique, mercredi, à cette même heure où nos regards, nos vies se sont croisés.

# Posté le vendredi 02 février 2007 08:52

Modifié le vendredi 02 octobre 2009 15:45

< Episode 2 >

< Episode 2 >
Jalouse

Et voilà comment ils vont, les gens.
Ils s'approuvent, se regardent, se parlent. Ils croient se connaître mais ne se comprennent même pas. Parfois, peut-être ils s'écoutent.
Ensuite ils sombrent.
Chacun à la dérive, pensant en aider d'autres...

Ainsi, dans ce mensonge imprenable qu'est la vie, je reviens à nouveau à Sid.
Sid ne ment pas, lui, il ne parle plus.
Sid a disparu, nous l'avons perdu. Les remords me rongent ; d'avoir laissé faire le temps, de n'avoir même tenté de l'apercevoir, non, rien.

Sid est loin à présent. Peut-être qu'il manque à mes instants.
On le reverra, oui, sans doutes ; c'est écrit, alors on n'y peut rien : on décide que l'espoir n'est pas mort... Après tout notre courte et faible existence n'est-elle pas faite de ce même sentiment d'espérance ?

Ce n'est pas le beau Sid qui nous fait du mal.

Non, plus aujourd'hui. D'y avoir songé plus que je ne l'aurais du fait de moi l'insouciance dans un monde inconscient. Je me tais, ferme les yeux.
On l'a dit après tout. « Pourquoi c'est elle qui est comme ça ? »
La jalousie s'est emparée de moi, d'elles aussi...D'où nous vient ce sentiment si faible, contre lequel nous voudrions tant nous battre ? D'où cette haine pour ce que l'on chérit ? Elle se tient là, si proche, si lointaine pourtant... Ils s'entendent sans s'écouter, ils sourient.
Quand elle parle, leurs yeux brillent. Pourquoi, on ne sait pas.
Toutes l'envient, mais ne disent rien.
On ne peut rien lui dire.

Je les regarde, ces gens. Tous différents, et pourtant si semblables... ils ne comprennent pas, et laissent sagement faire le temps. Personne ne sait rien, ils souffrent mais le cachent, derrière l'expression figée de leurs lèvres, ces paroles narquoises, et ces doux regards emplis d' [in]- compréhension. On s'aime, on se hait ; peut-être même a t'on déjà désiré, ne serait-ce qu'un court instant, l'innommable ; sûrement, oui. Tout le monde.

Alors on s'enferme, on s'évade ; cloîtrés, on s'enfuit.
Puis on rêve, on en parle, on le cache... et tout recommence.
Tout continue, dans le fil logique de cette histoire, qui est écrite, mais on n'y peut rien.

Sid revient souvent la nuit pour me voir. Dehors il fait froid, maintenant. Trop froid. C'est pour ça qu'il est là. Il me rejoint, on parle.
On parle longtemps...la nuit est si courte.
Sid dit que le temps s'est arrêté, que depuis peu, la vie s'est gelée.
Il dit que les jours ont brûlé, que tout ça n'existe plus.

Sid ne se souvient que de drogues. Son visage s'assombrit, ses mains se crispent sur la corde qui retient Capsule. Il redevient cet être sans nom, celui qu'on a croisé le temps d'un service...Personne ne connaît Sid. Son nom a plongé dans l'oubli, comme les jours, la vie. La pluie passe doucement, effleure ses lèvres. Sid ne parle toujours pas de lui, il ne sait plus.
Il faudra être patientes... Sid n'aime pas parler de tout ça.
Alors on se tait. On regarde ce qui reste du ciel, cet univers sombre et lointain, là où peut-être on se retrouvera ?
Sid me regarde, il sourie. Il me dit de fermer les yeux, il est tard, à présent. Il ne promet rien, revient parfois, pas toujours.

Sid ne sait rien de ce que nous savons, pensons savoir ?ou ne savons pas. Il a raison... De même j'ignore tout de lui.
Peut-être aimerais-je pouvoir croire que c'est un tort.
Il faut que j'oublie Sid. Pourquoi ai-je si peur qu'il parte... ?
Sid est l'espoir de notre insouciance. Il est la concrétisation de notre perte, nous attire vers le fond...Sid nous sauvera, puisse quelqu'un nous le ramener.
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# Posté le vendredi 02 février 2007 08:54

Modifié le jeudi 13 novembre 2008 13:05

< Episode 3 >

< Episode 3 >
Entre temps

A-t-on, peut-on ou pourra t'on, de qui reviendra la flamme dans nos yeux ?
La pluie torrentielle s'abat contre les volets. Dehors le froid se poursuit, toujours plus fort. Mais ça n'est pas grave. Là où le froid règne, l'espoir sévit, se meurt et nous hante, je vais mal.
Ce sont ces gens. Leur présence fait de moi la joie, leur vérité sillonne mes veines de larmes.
Le désir nous frôle tous, nous caresse ou nous opprime, mais dans mon sang coule son fleuve...
Si différents, ils ne comprennent pas. Ils ne sentent pas ce que l'on sent, ne connaissent pas le goût de nos rêves...

Quel est cet esprit sournois qui nous tourmente ? Où vont nos regards lorsque les leurs nous ignorent ?
Que dirait Sid s'il m'entendait ? Sid semble si différent...
Tout cela ne l'affecte pas, non. Pas pour le moment.
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# Posté le vendredi 02 février 2007 09:33

Modifié le jeudi 13 novembre 2008 12:58

< Episode 4 >

< Episode 4 >
Le retour

Au fond de l'abîme où son visage m'a plongée, Sid est revenu.

Comme une ombre, un songe, une bribe de pensée à peine éclose, le vent s'est arrêté enfin pour moi. Qui l'aurait cru ?
Assise au bord de l'eau, j'ai à nouveau pu croiser le regard de celui qui a conditionné une infime partie de mon âme, pourtant si importante...

Capsule était là, me fixait comme au premier jour ; s'il avait pu lire cette étrange histoire dans mes yeux... qu'aurait-il pensé ?
Cinq minutes à nouveau.
Je suis là, face au flou constant qui s'est emparé de ma vie depuis...
Je rêve peut-être ? Lorsque enfouie dans ses bras je vois ce chien, semblable à une apparition. Je refuse de le croire, non, c'est impossible ; pourtant le staff me dévisage de ses yeux doux, et je ne peux m'empêcher d'y penser. Alors lentement, je me force à remonter à lui.

Peut-être la poussière s'est-elle figée ? Peut-être qu'à ce moment là les gens ont cessé d'avancer ? Jouaient-ils un rôle dans nos vies quand je l'ai reconnu ?
Sid tourne la tête. Il est assis là, à côté de nous, comme si cet instant n'avait aucune importance, pourtant il me regarde, je ne rêve pas, Sid est revenu.
Pourrait-on croire qu'un regard peut changer une vie ?
Sid fume, perdu dans un vide où l'on ne peut entrer, semblant cependant m'ouvrir une porte que je cherche en vain à ouvrir depuis novembre.

A nouveau, sans comprendre pourquoi, je ne retiens pas Sid. Tel un rêve, il apparaît, puis repart, et je n'y peux rien. Je le veux mais ne le peux, on me retient à mon tour.
Personne jamais ne comprendra ce qui me lie à cet homme dont je ne connais pas le nom, ni même ce qu'il a changé en moi.

Le destin a fait en sorte que l'on se rencontre, j'apprendrai à comprendre...
J'ai confiance en l'avenir, ainsi je sais que je retrouverai Sid et Capsule ; pourquoi et quand je n'en sais rien, mais je le sais.
Sid détient une partie de ma vie dans ses yeux.
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# Posté le vendredi 02 février 2007 09:35

Modifié le jeudi 13 novembre 2008 13:13

< Episode 5 >

< Episode 5 >
Vagues echos de Sid

Alors envie de laisser une trace de moi précise de ma vie à cet instant là, envie floue d'en retenir tant, et pourtant ça n'en serait que mal...
Où cet engouement pour le vide et l'attristant ?
Les problèmes et l'angoisse ... ? Entre toutes ces conceptions que je me suis données comme contraintes, je ne sais comment je vais.
C'est dans ma tête.
Autour tout est joli au premier abord. Ce n'est pas pareil ailleurs.
A quoi bon y revenir ?
Des morceaux de rêves me voilent l'esprit, et doucement je suis à nouveau entraînée vers Sid...

Où donc, mystère des ruelles de cette ville as-tu pu t'enfuir pour que toujours je me rattache à toi et jamais au fond ne parviens à te délaisser ?
Qui es-tu Sid ?
Comment fais-tu pour rendre les gens si vieux soudain et si futiles, pour arrêter le vent et la poussière, sans jamais rester ?
Sid est revenu sans revenir. Il m'a parlée sans ouvrir la bouche.
Sid fait partie de ces gens rares et étranges, qui sans le savoir connaissent déjà tout de vous ; ces gens étranges qui vous hantent déjà trop pour qu'on en accepte l'existence.

Pourtant Sid et Capsule sont bien passés.
A leur tour, ils ont arpenté les rues emplies de poussières et d'ombres, mais n'ont figé de regards et de temps que les miens.

Sid existe, oui.
Il s'appelle Sébastien.

Lorsqu'il ne sourie pas, quelqu'un me sourie pour lui.
Sid ne saura jamais rien de tout ça, et n'aura sûrement jamais conscience du pouvoir qu'il a sur les gens.
Peut-être que l'unique but de cet instant était de m'amener à cela, à ce que je vis aujourd'hui, et ce qui coule sous cette plume.
Sid a une vie.
Mais Sid est un songe.

S'il est un rêve par lequel l'on apprenne à vivre, Sid en est bien là l'objet. Un an déjà que ton visage a changé ma vie. Tu l'as rendue triste, mais plus douce.
Et personne ne saura jamais
Comment cela se finira.

A nouveau nul ne sait et ne saura jamais ce qu'il adviendra de Sid et Capsule
Pas même de moi.


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# Posté le vendredi 02 février 2007 09:38

Modifié le vendredi 02 octobre 2009 15:22