Alors qu'a t'il du arriver pour que Sid et Capsule se retrouvent seuls, dans cet état, dans la rue par un froid... à attendre devant ce bar, ne semblant rien n'avoir à faire que de rendre service à deux jeunes filles désespérées, puisqu'il nous a quittées en changeant de direction ?
Résumons la vie de Sid, enfin cet extrait de sa vie où l'espace de cinq minutes nous avons joué un rôle ...déterminant ?
Sid est beau, oui, on peut le dire, il est dehors depuis quand ?
Il ne fait pas chaud, il semble figé par ce froid dont il se fout, il attend. Quoi ? Il regarde Capsule avec autorité, ce chien zébré de roux, un staff, comme il dit, et le tient fermement du bout d'une épaisse corde rouge. Capsule a le museau engoncé dans une sorte de muselière un peu arrachée, il est « un peu méchant » comme dit Sid.
Sid nous fixe. Nous arrivons au loin, quoi, vingt mètres, du bout de la rue à la boutique, cette boutique qui croit et fait croire qu'elle détient le bonheur artificiel dans un flacon.
Inévitablement, malgré les visages de ces gens sans intérêt aucun, non, il est trop tard.
Sid nous observe de ses yeux grisés. Alors, sous l'aile de ces doux vertiges, on parvient à le lui demander. Ce service.
Sid me regarde et acquiesce lentement, la tête enfouie sous la capuche de son blouson militaire, sous une casquette cloutée. Juliette lui tend l'argent, il recompte. Il me donne Capsule, et entre.
Capsule est gentil, il se frotte contre ma jambe, en se demandant où son maître a bien pu disparaître...
Le chien n'a pas l'air méchant. Pas méchant, non.
Sid est ressortit. Il commence à parler, je lui tends la corde, avec Capsule au bout. On marche un peu, mais on n'apprend rien.
Il ne parle pas de lui, juste de drogue. Il nous demande pourquoi on est là, pourquoi on n'a pas cours. Il sourit.
Ca lui va bien de sourire.
Tout semble flou et lointain. Sid nous remercie, alors que c'est nous qui lui devons. Il sourie à nouveau, avant de disparaître dans la nuée de tous ces visages incertains, qui passent comme la poussière sur un meuble, comme le temps.
Un jour, eux aussi seront balayés.
Je ne sais pas pourquoi nous l'avons laissé partir, je ne sais pas non plus pourquoi nous n'aurions peut-être pas du...
Peut-être il sera emporté, lui aussi, ou alors peut-être il reviendra.
Mercredi, oui, peut-être il sera là.
Ce sont ces moments là, peut-être un instant, quelques secondes : votre vie ne s'en trouvera jamais que plus changée. A présent il nous faut prendre conscience qu'à la moindre seconde de notre vaine existence, le destin joue pour nous.
Notre vie est écrite, il est improbable que nous puissions la lire ; nous sommes juste des pions, guidés par l'espoir, l'espoir de quoi ?
On ne sait pas, il nous tient debout et nous le suivons aveuglément.
C'est pourquoi je retournerai dans la rue à la boutique, mercredi, à cette même heure où nos regards, nos vies se sont croisés.




